RETRO TEST : Arcanum, of Steamwork & Magick Obscura

Il me faut en parler, les chefs-d’œuvre méritent une reconnaissance

Oui mesdames et messieurs Arcanum (de son nom complet Arcanum : Of Steamworks & Magick Obscura ou en français Arcanum : Engrenages et Sortilèges) est un chef d’œuvre. Mais commençons par le début, Arcanum est un jeu développé par Troïka Games (dont j’avais déjà parlé dans mon article sur Vampire : The Masquerade – Bloodlines). Pour les ignorants qui ne savent pas ce qu’est Troïka, je vous la joue résumé : Troïka est un studio de jeux vidéo né du triumvurat Tim Cain, Jason Anderson et Leonard Boyarsky. Trois grosses têtes pensantes de Black Isle Studio (papa des deux premiers Fallout, de Planescape : Torment et Icewind Dale). Choisissant leur nom en référence à une critique russe de Fallout parlant d’eux (Troïka en russe signifie : de trois natures différentes) les trois bougres fondent un studio basé sur leurs idée du CRPG : choix, personnalisation et expérience riche. Et sur le coup les bougres ont frappés très très fort même si à un certain prix.

 Maintenant que je vous ai filé un cours d’histoire le moment est venu de parler du jeu en lui même. Parce qu’il y en a des choses à dire sur Arcanum, et pas qu’un peu.

Premièrement il faut parler de la grande force du jeu à sa sortie et encore aujourd’hui c’est à dire son univers. En effet en 2001 et jusqu’à la sortie de Bioshock (qui l’a fait moins bien que lui) Arcanum fut pendant longtemps le seul jeu steampunk du marché. Et pas n’importe quel steampunk, au coté des machines à vapeurs cohabitait le bestiaire à la Dungeons & Dragons, on y voyait des nains adepte du mousquet, des demi-ogres bossant dans les usines comme des immigrants chinois à l’époque victorienne, des gnomes businessman en redingote et des elfes réfractaires au progrès. Car en effet dans le monde d’Arcanum magie et technologie s’opposent par leurs principe (l’un utilise les lois de la science pour fonctionner tandis que l’autre fonctionne en les modifiant) et votre personne se doit de choisir entre les deux. Selon ce choix votre réaction à l’élément opposé sera de plus en plus forte : par exemple un mage qualifié ne pourra pas utiliser un pistolet sans qu’il lui explose dans la main, un technologiste pourra prendre toutes les potions qu’il veut ça ne lui fera aucun effet. Déjà ce concept rendait le jeu extrêmement original mais la suite allait être encore mieux.

 En bons créateurs de Fallout qu’ils étaient, les gars de Troïka ont récupéré le système SPECIAL qui faisait la gloire de la série post-apocalyptique et l’ont améliorés, virant la chance et y ajoutant une caractéristique Beauté (laquelle jouait un rôle, conjointement avec le charisme, les deux étant séparés, ce qui au fond n’est pas con du tout). Le gros point fort de ce système est qu’il ne comprend pas de classes à proprement parler, c’est à vous de déterminer comment vous placer vos points et donc comment vous orientez votre avatar. Et sur le coup vous êtes gâtés, parce qu’Arcanum propose un nombre plus que conséquents de builds de personnages, que ce soit l’archer pro de l’esquive, le pistolero gentleman, le guerrier basique, l’inventeur planqué derrière ses troufions, le voleur-mage, le guerrier technologique. Il y en a pour tous les gouts, la seule limite étant de bien répartir les 50 points de compétences disponibles (un par niveau avec un cap à 50 comme vous pouvez le deviner)

 Et parce qu’un bonheur n’arrive jamais seul la création de personnages est enrichi par d’autres points tel que

  •   Le choix des races : en effet vous avez le choix entre 7 races jouables : humain, elfe, demi-elfe, nain, gnome, demi-orc et demi-ogre. Votre choix affecte différentes données : premièrement vos caractéristiques de bases seront modifiées selon ce que vous jouez (un demi-ogre sera peu intelligent, un nain aura un bonus de départ en technologie, un elfe une affinité magique) ce qui influencera déjà en partie votre choix de personnage (un demi-ogre technologiste est hautement improbable à monter, de même qu’un nain mage ou un elfe technologiste) deuxièmement : les réactions des gens à votre égard dans les dialogues (les nains n’aiment pas les elfes, les gnomes ont une affection pour les demi-ogres etc).
  •  Les traits : Une fois votre race choisie une autre bonne surprise vous attend : vous pouvez choisir un trait particulier sur votre personnage. Qu’est-ce donc que ces fameux traits vous allez me demander. Hé bien c’est très simple, le jeu vous propose une sélection d’attributs correspondant à un passif de votre personnage, ledit passif ayant un effet sur vos statistiques, augmentant certaines compétences et pouvant en réduire d’autres en contrepartie (exemple si vous prenez le trait « homme à femmes » vous aurez +6 en beauté mais prendrez du -2 à tous vos stats liés au combat, la faute au fait que courir la gueuse ça aide pas à apprendre à se battre)le tout servi avec un certain humour pas déplaisant du tout. Notez d’ailleurs que certains traits sont exclusifs à certaines races voir aux membres d’un sexe donné.
  •  Le sexe : car oui le sexe joue un rôle dans Arcanum, là où beaucoup de RPG modernes ont passés ça à la trappe (surement par peur du MLF rampant et menaçant qui ne cesse de dénoncer le mod Hot Coffee) le sexe de votre personnage a une importance, notamment sur les dialogues (Virgile, le premier acolyte du jeu se sentira beaucoup gêné de jurer devant vous par exemple, ce qui est fort comique) ainsi que dans pas mal de quêtes (notamment celle où il faut entrer dans un club de gentleman avec un videur peu réceptif à moins que votre personnage joue de ses charmes)

En gros voila ce que donne la fiche de perso, à gauche les caractéristiques, à droite les onglets de capacités (notez que le type qui a fait cette fiche a eu le bon gout d’appeler son perso Unicorn)

Vous bavez déjà ? Et bien dites vous que le meilleur est encore à venir parce que par-dessus cette grosse base se greffe une personnalisation poussée. Comme je l’ai dis plus haut les possibilités de création sont multiples. Ce par un système très intelligent : vous possédez de base de 8 caractéristiques : force, constitution, dextérité, beauté, intelligence, volonté, charisme et perception. Ces huit caractéristiques sont fixées à un certain score, les augmenter vous compte un point de niveau, chacun ayant un effet direct sur votre personnage (le charisme augmente le nombre de compagnons recrutables, la dextérité le nombre de points d’action en combat, la force votre santé, le poids que vous pouvez transporter et la puissance de vos mandales). S’ajoute à coté des compétences que vous augmentez de la même façon que les caractéristiques : avec des points de niveau. Au nombre de 16 elles couvrent autant le combat que les compétences de voleurs, les aptitudes sociales et des trucs plus variés comme le jeu de hasard, les soins ou les réparations. Ce qui est en soi sympathique, mais Troïka étant plus que sympathique ils ont rajoutés par-dessus une feature des plus malignes. En effet il ne vous suffira pas de massacrer cinquante orcs à la boule de feu pour être un maitre de l’épée, quand bien même votre barre de compétence est remplie. Il vous faudra pour ça voir un maitre dans le domaine, et autant ceux pour faire de vous un apprenti dans le domaine, le maitre de compétence maximal est souvent compliqué à trouver et ne vous offrira ses services que contre quête, souvent relativement ardue. Du tout bon en somme.

Un visuel du jeu, un de mes endroits préférés d’ailleurs

En regardant ce que je viens d’écrire je me rends compte que j’ai pondu cinq paragraphes complet sur la création de personnage. Donc j’embraye sur le gameplay pur. C’est triste à dire mais c’est pas aussi magnifique que le reste. Arcanum se joue en 3D isométrique (vue de haut en caméra fixe pour les minots ignorants), vous déplacer votre perso en cliquant ou en définissant un itinéraire via la carte. L’interface est certes moche mais fonctionnelle. Niveau technique je vais être très franc et ça me fait mal mais c’est moche (vous avez du le constater sur le screen qui vient avant ce paragraphe), si vous chialez sur les PNJ clonés dans Dragon Age 2 c’est que vous n’avez jamais joué à Arcanum, c’est limite impossible de distinguer un homme d’une femme dés qu’ils portent une armure. Artistiquement c’est un peu fade, techniquement les animations sont cheapos et les effets de magie sont baveux. Arcanum ne brille pas pour sa technique et c’est pas le gameplay pur qui va le sauver. Le jeu étant généreux il vous laisse le choix entre combats en temps réel et combats au tour par tour, très franchement les premiers ne sont jouables que si vous êtes sur d’avoir l’aval sur l’adversaire et c’est un bordel sans nom. Donc jouez de préférence dans le second mode. Bon ceci dit il est loin d’être parfait, la faute à des oublis assez débiles, notamment sur des indications précises des déplacements (l’absence de damier au sol, souvent essentiel pour du tour par tour afin de jauger le coup d’une action) rendent la chose plus ou moins dur à estimer et parfois inutilement frustrante. Accessoirement le coté stratégie n’est pas franchement poussé, comparé à un Jagged Alliance ou un Fallout. Clairement vous ne vous rappellerez pas Arcanum pour ses combats. Dieu merci il est sauvé par sa création de personnage déjà abordée, son univers et ses autres mécaniques de jeu.

Un bel exemple de magie baveuse et de PNJ moches

En effet, le charme d’Arcanum vient de son univers steampunk un peu foutraque où magie et technologie se côtoient. Si les armes magiques sont des plus banales pour le genre, la technologie nous offre des bonnes surprises comme des épées éléctroactives, des haches pyrotechniques, des bâtons Tesla, des lance-lammes, des fusils à impulsion électrique, des chapeaux d’inversion magnétique déviant les projectiles, des boucliers disrupteurs de flux anti-magie. En matière de technologie les créateurs se sont fait plaisir et tout ça transpire la bonne époque Victorienne à l’ancienne et c’est un vrai bonheur à découvrir, notamment via un système d’artisanat un peu sommaire mais pas désagréable du tout à découvrir (notamment l’excitation de découvrir de nouveaux schémas et de chercher à les fabriquer en montant ses niveaux de technologiste). La société même du jeu est intéressante, notamment dans le conflit qui oppose technologie et magie, la dernière chassant le pouvoir de la première par la rationalisation. Un conflit qui n’est pas sans rappeler la lutte de l’Eglise à la Renaissance contre les Humanistes qui souhaitaient étendre la science et donc comprendre le monde, les ecclésiastiques redoutant d’y perdre leur pouvoir. Un parallèle qui amène à se poser un certain nombre de question, autant par rapport à soit même qu’aux décisions que l’on fait prendre à son personnage, mine de rien c’est cool un jeu qui fait réfléchir. Puisqu’on parle d’univers il faut néanmoins parler de l’excellente musique de Ben Houge, composée uniquement à partir d’un quatuor de violoncelle celle-ci donne réellement vie à l’univers du jeu et cadre extrêmement bien à tous les environnements que l’on visite, une excellence qui lui vaudra sûrement un article dédié.

Un exemple d’artisanat en jouant technologiste

Et la cerise sur le gâteau, rien que pour vous et vos petits yeux ébahis. Arcanum est un jeu énorme. A la fois par la foultitude de quêtes, les multiples façons de les régler, le nombre de lieu à découvrir et à explorer,(en matière de donjons y’a franchement de quoi faire), la horde de compagnons que l’on peut recruter (bien entendu tous ne peuvent pas vous rejoindre en une seule partie) et le plaisir d’optimiser son personnage. Le monde a parcourir fonctionne par génération procédurale : vous pouvez voyez rapidement par une sorte de fast-travel à travers la carte du monde, mais dés que vous le voulez vous pouvez également faire le trajet à pied, très honnêtement c’est pas forcément folichon, les décors étant clonés et vous aurez des milliers de kilomètres ingame à parcourir en ayant l’impression de ne pas avancer, ça peut irriter mais on trouve parfois des bonnes surprises (je l’ai fais par curiosité une fois, j’ai découvert un col me permettant de passer au travers d’une chaîne de montagne qu’il faut normalement contourner par la mer, le tout moyennant finance). Ajoutez à ça une quantité astronomique de quêtes, dont un certain nombre non-écrites dans votre journal qu’il faudra deviner par vous-même (au risque de passer complètement à coté), en gros cinq à une dizaine par zone (selon que c’est une ville ou un village) vous avez largement de quoi faire. Personnellement j’ai mis un peu plus de 70 heures pour le finir en laissant un paquet de quêtes de coté et je n’ai pas encore assez une partie en jouant un perso mauvais (le tout en sachant que jouez mauvais vous ferme des portes et en ouvre d’autres, notamment des quêtes et des compagnons accessibles uniquement par ce moyen).

Ma foi, je crois avoir fais le tour plus ou moins de ce qu’est Arcanum, j’espère vous avoir donné envie d’y jouer, de le découvrir ou de le redécouvrir si vous y avez déjà joué, il le mérite en tant qu’un de mes deux jeux phares de 2012.

Publié le 4 janvier 2013, dans Archives (Anciens articles), et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. joli le troll dans les tags.

  2. Merci pour cet article et merci de rendre hommage à ce bon vieux Arcanum (que j’ai présenté il y a quelques mois par chez moi aussi ;)
    A ceux qui ne connaissent pas, ce jeu est une perle alors foncez sans vous poser de questions!

    • C’est clairement le meilleur CRPG auquel j’ai joué pour l’instant, les options de création de perso, le contenu gargantuesque et tout le background franchement sympa (sans être étouffant, ce que je reproche pas mal aux ES). Je me refais pas mal de jeux de l’époque dite bénite histoire de rattraper mon retard. Là je me tâte sur le prochain à faire entre Inquisitor (sorti y’a peu mais dont le développement à commencé y’a dix ans donc c’est limite un oldies), Icewind Dale 2 (que je finirais s’il corrige un peu le manque d’intérêt scénaristique du premier) et Vampire : Redemption si j’arrive à lui trouver un patch fr. Ça fera bien entendu l’objet de tests, articles et dissections dans ces colonnes.

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