WarZ, le seul jeu à s’être fait retirer de Steam

Si vous avez trainé votre souris dans le célèbre magasin en ligne noir et blanc, Steam,  ce mercredi 19 décembre, vous avez du voir un jeu arriver en tête des ventes : WarZ. Puis disparaitre du catalogue et ne plus être disponible à l’achat. Voici l’histoire complétement WTF de ce jeu qui prouve à quoi sont prêts certains développeurs pour vendre un jeu pas fini.

[Cet article est basé en grande partie sur ce post de reddit (en anglais), qui récapitule la timeline de l’histoire.]

Apparu durant l’été 2012, DayZ est un mod d’Armed Assault II (FPS sur PC) permettant de se taper un trip survivaliste bien hardcore dans une carte de 225 km² remplie de zombies, en co-op, avec des aspect tirés de MMO (loot, guildes, etc). Immédiatement reconnu, estimé et joué par un million de personnes pour ses qualités de gameplay, ce mod était encore à l’époque en version très précoce, avec moult bugs et fonctions non implémentées (depuis, une version commerciale complète est en développement, à surveiller car très prometteuse). À noter que ce mod est développé par les créateurs eux-mêmes de Armed Assault, ce qui lui ajoute du crédit.

Le 19 juillet, Hammerpoint Interactive, connu jusque là pour avoir développé des shooters Free to Play sur PC pas exactement mémorables, annonce fièrement le développement de WarZ, « Zombie Survival Shooter-MMO ». Il ne faut pas longtemps pour que des joueurs se rendent compte que ce nouveau titre est un clone refoulé de DayZ, et tout ceux qui vont en faire part sur les forums officiels de WarZ se font bannir sans autre forme de procès. Classe.

Dans les semaines qui suivent, Hammerpoint peine à faire croire que son WarZ est en développement depuis 2 ans comme ils le répètent à tout le monde. Certains déterrent des discussions sur reddit clamant que WarZ a été intégralement copié sur DayZ est n’est pas du tout en développement depuis des mois mais seulement depuis que le premier mod (DayZ, donc) fait rentrer du cash par wagon. Nouveaux bannissements, démentis, etc. La plupart des joueurs sains d’esprit ont de toute façon décider d’éviter somptueusement ce jeu, d’autant que les développeurs semblent inventer leur game design à chaque nouvelle interview.

15 octobre : moyennant une contribution financière, Hammerpoint donne l’accès à l’alpha (version de développement) du jeu et promet une beta publique pour le 30 octobre. Les joueurs se plaignent du fait que WarZ est juste un reskinnage d’un autre shooter du même éditeur, War Inc. Fallait s’y attendre : la pratique est très courante (L4D et CS:S, pour ne citer qu’eux).

Plus rigolo, certains utilisateurs remarquent que les conditions d’utilisation à accepter pour installer le jeu sont ni plus ni moins copiées sur celles de League of Legends, liens hypertexte compris. Autrement dit, les ToS de WarZ renvoient vers le site de League of Legends, qui n’a rien à voir avec ce titre… Très classe et surtout très pro.

30 octobre : la beta est repoussée.

29 novembre : Des utilisateurs mécontents du jeu pour les raisons évoquées ci-avant et le degré de finition assez mauvais du titre se manifestent pour être remboursés. Avec leur remboursement leur arrive des mails leur expliquant qu’ils sont à présent blacklistés par Hammerpoint Interactive et qu’il n’auront plus le droit d’acheter de leur produits. Classe, à nouveau.

Les conditions d’utilisations de WarZ (à accepter pour pouvoir jouer, donc) sont mises à jour dans la foulée, indiquant que ce jeu ne pourra pas être remboursé une fois acheté. Problème : c’est illégal dans pas mal de pays, notamment la France ou l’acheteur a un délai de rétractation légal de 7 jours après l’achat de n’importe quel produit, y compris un JV dématérialisé.

La beta du jeu bat son plein, la hype autour du titre y attirant pas mal de curieux. Malheureusement (et comme DayZ en son temps), le jeu souffre de gros problèmes de triche, le joueur lambda servant de chair à canon à des snipers qui surveillent les points de respawn. Sergei Titov, producteur executif, déclare que dans son jeu, 80 % des morts sont légitimes (dues au jeu en conditions normales) et les 20% restantes sont provoquées par (je cite) « des pédés qui campent au respawn ».

Au moment où les débats sur le mariage homosexuel font rage aux USA et en Europe, la phrase ne passe pas inaperçue. Message d’excuses quelques instants plus tard et effacement des messages incriminés quelques minutes encore après, mais le mal est fait et Titov se trimballe une réputation (pas usurpée) de gros bourrin. Décidément, ils cultivent la classe chez Hammerpoint.

14 décembre : vague massive de bans de hackers/cheaters sur le jeu, avec pas mal de dommages collatéraux sous la forme d’utilisateurs légitimes bannis sans raison.

17 décembre : WarZ rentre sur Steam et atteint la « Foundation Release », stade du jeu où il est censé être pleinement jouable, mis en vente avant d’être régulièrement patché. La page du magasin Steam ressemble à ça :

En blanc la liste officielle des features (fonctionnalités offertes par le jeu), en rouge ce qu’il en est réellement.

Autrement dit, les deux tiers des features listées sur la page du magasin Steam sont du flan, ce qui est ni plus ni moins que de la publicité mensongère. Annoncé comme un Free-to-play avec micro-transactions n’affectant pas le gameplay, on se retrouve avec un jeu proposant un temps de respawn de 4 heures (!!!) court-circuitable après avoir fait chauffer la CB… Sur les forums du jeu de Steam (sur lesquels les développeurs ont la main), nouvelles complaintes des joueurs, nouveaux effacements de posts et bannissements sauvages…

C’est un petit peu la goutte d’eau qui met le feu aux poudres : des pétitions et menaces de poursuites arrivent de toute part, plusieurs retro-pédalages et tentatives d’explications plus ou moins fumeuses émanent de Hammerpoint. Ma préférée (je caricature à peine) : « nan, mais voyez, en fait c’est les utilisateurs de Steam qui ont mal compris la liste des features sur la page du magasin. Il fallait comprendre que bon, c’est ce qu’on souhaite faire, mais qu’on a pas encore réussi à faire. Voilà ! » Tant et si bien que 48 heures après sa mise en ligne, Steam décide de s’en mêler et retire le jeu de son magasin ( ce qui, sauf erreur de ma part, est inédit). Avec un communiqué très dans le style « bon, sur ce coup là on s’est bien foiré, mais on recommencera plus, juré ».

« From time to time a mistake can be made and one was made by prematurely issuing a copy of War Z for sale via Steam. We apologize for this and have temporary removed the sale offering of the title until we have time to work with the developer and have confidence in a new build. Those who purchase the game and wish to continue playing it via Steam may do so. Those who purchased the title via Steam and are unhappy with what they received may seek a refund by creating a ticket at our support site here:

http://support.steampowered.com/newticket.php

Again, we apologize any inconvenience. »

Bien conscient de la mauvaise pub que ce coup a porté à leur plate-forme, les gens de Steam remboursent et interdisent la vente de ce jeu, tout en laissant le choix à ceux qui l’ont acheté d’y jouer encore. Et lancent une enquête sur la censure et les bannissements pas forcément mérités que les gens de Hammerpoint ont réalisé sur les forums officiels de Steam. Ils auraient mieux fait d’être tatillon avant de mettre en vente une beta déguisée en jeu final, et pour le coup, les gens du service d’audit de Steam passent pour de gros guignols. 

En bonus, l’interview (en anglais) de Titov après que son jeu soit retiré de Steam, expliquant pourquoi ils ont fait tout ce qu’ils ont fait. À l’instar de l’ensemble de la comm’ autour du jeu, ça peine franchement à convaincre. On y apprend entre autres que le développement continue et que WarZ reviendra probablement sous Steam, dans une version plus aboutie. Ça, c’est dans l’éventualité où toutes ces péripéties n’ont pas complétement torpillé la license, et franchement, jusque là, l’ensemble de la mythologie autour de WarZ n’appelle pas vraiment à des lendemains qui chantent.

La morale de tout ça (mis à part que mentir c’est mal, m’voyez) est qu’il vaut mieux avoir reddit.com dans sa poche si on veut sortir un jeu et espérer le monnayer. Le site d’agrégation de liens et de discussion (autrement très intéressant, pour ceux qui lisent à peu près l’anglais) était en effet à l’origine de quasi toutes les contestations, pétitions et déterrages de secrets compromettants contre WarZ. Ce n’est pas la première fois que reddit se pose en faiseur/défaiseur de rois ; par exemple, il a largement contribue au succès de la campagne de financement de Star Citizen. Et c’est pas la dernière fois non plus que la section gaming de reddit s’invitera dans ce genre d’histoire.

Le plus con dans tout ça, c’est qu’il y a une vraie place à se faire dans le marché actuel pour WarZ. DayZ est ce qu’il est, mais est bien trop hardcore pour le joueur moyen (c’est ce qui fait son charme). WarZ est quand à lui beaucoup moins profond, plus accessible, plus light, et plairait certainement à un public un peu plus casual. Certains internautes, sûrement plus philosophes que d’autres, continuent à dire que c’est pas un mauvais jeu pour son prix ; il aurait même de  vraies qualités par rapport aux autres jeux du marché ; mais il manque juste à peine de finition (exemple dans les blogs de nofrag : cet excellent article titré « WarZ n’est pa sun pay-to-win et ne mange pas les enfants et sa très bonne suite : opération tempête de caca autour d’un jeu à 12 €). Le pire, c’est qu’ils ont probablement raison, que tout débat sur ce jeu est devenu une mangeoire à troll et que le studio de développement paye les pots cassés pour une comm’ désastreuse plus que pour un jeu désastreux.

Quant à moi, si j’admet qu’il est courant que des jeux sortent pas complètement terminés (surtout sur PC, où le patchage est plus fréquent que sur l’environnement logiciel vite verrouillé des consoles de salon) et que les différents titres s’inspirent les uns des autres en permanence, j’avoue que l’attitude et la mauvaise foi du studio m’a définitivement convaincu de ne pas donner mes sous durement gagnés à Hammerpoint. Et comme le disent les redditors, « vous vous êtes fait rembourser ce jeu ? Donnez l’argent à une œuvre caritative ». C’est tout de même plus la classe que les déclarations homophobes de Titov. WarZ aura eu le mérite de m’amuser pendant quelques jours, ce qui n’est finalement pas donné à tous les jeux vidéos…

Publié le 20 décembre 2012, dans Archives (Anciens articles), et tagué , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 5 Commentaires.

  1. Fiou, jolie histoire, quasiment pire qu’Oblivion of the Lost dans le genre.

  2. Négatif. C’était vers 2008 je crois, une team d’english qui ont annoncés un jeu. Premier truc qu’a choqué sur les screenshots : plein d’éléments étaient repris d’autre jeux. En gros le machin était composé à 80% de trucs piqué à d’autres (objets, décors, sprite de persos). Loin de la fermer les guss ont sortis que c’était eux les plagiés dans l’affaire (en gros ils incriminaient « juste » Blizzard, Bethesda, Ubisoft et tant d’autres). Une bonne grosse pantalonade en somme (et c’était Limbo of the Lost, pas Oblivion of the Lost, ma mémoire n’est plus ce qu’elle était).

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :