Test de Dishonored (PC) – Blink et Backstab dans tous les sens

Après 25 heures et deux runs complets du jeu, il est temps pour moi de donner un avis aussi objectif que possible sur ce jeu. Je vais essayer (et ça va pas être facile) de ne pas répéter ce que j’ai déjà dit dans le podcast, ni ce qui l’a été dans la plupart des tests de la presse (spécialisée, numérique ou non). Ceux-ci n’en finissent pas de dire que le jeu est une tuerie, et ma foi, difficile de leur donner tort.

Mention spéciale quand même pour le test de Libération (oui, oui) où l’on sent que le bonhomme, qui dit avoir adoré, a plus recopié le dossier de presse du jeu que réellement tenu la manette, et à Canard PC, le seul magazine JV actuel méritant qu’on y claque 10 € par mois, qui lui a collé 15/10. Alors, oui, le jeu est trop bien, tout ça, c’est dur de dire le contraire, mais je vais vous dire pourquoi je l’ai (et vous allez aussi) beaucoup apprécié, sans tomber dans l’idolâtrie facile.

IL ÉTAIT UNE FOIS DANS UN UNIVERS PARALLÈLE STEAMPUNK/BRITTANIQUE

La première et sûrement plus grande force de Dishonored, c’est son univers. Pas son histoire (banale, pas trop alambiquée, qui se laisse aussi bien jouer sans être inoubliable), pas ses personnages (sympathiques sans être transcendants), pas sa narration (repompée sur Half-Life et son héros muet), mais bien son univers et la manière dont on le découvre.

La direction artistique est une tuerie absolue, pour peu qu’on aime un peu les univers sombres. D’ailleurs, les screenshots habillant cet article sont tous faits maison (et y en a plus ici), pour vous montrer que même en jeu, c’est pas de la merde. Leur résolution est de 1280*1024 pixels, pour ceux que ça intéresse. Tant qu’on en est à donner des liens, il y a également le podcast ici et les fonds d’écran ici.

Servie par des graphismes très propres sans être photo-réalistes (certaines textures sont vraiment pas faites pour être vues de près, par exemple…), elle rend la traversée des niveaux du jeu vraiment kiffantes. A part quelques petites fautes ou manques d’inspiration un peu visibles de-ci de-là, chaque traversée des neufs niveaux du jeu est un vrai régal pour les yeux. Bien entendu, faut adhérer aux modèles 3D un peu taillés à la serpe et au fait que certains éléments soient pas super détaillés, au contraire des PNJ magnifiquement animés (tant qu’on a pas les deux sous les yeux au même moment, ça va).

Mieux que Rage (qui avait pourtant basé son marketing là-dessus), mieux que Borderlands (chez qui la DA a été probablement faite sous acide la plupart du temps), mieux que la plupart des JV sortis ces derniers temps. De quoi se retaper un deuxième et troisième run du jeu sans être blasé des niveaux, au nombre relativement faible de neuf, rappelons-le.

L’univers est donc un véritable petit bijou à parcourir, et le jeu le rend bien. Le joueur curieux découvrira des planques avec objets rares ou consommables un peu partout, et bien souvent, en passant par les toits, les appartements squattés par des pauvres hères mourants ou les égouts. Après plusieurs passages dans un niveau, il n’est pas rare de découvrir une porte secrète, une pièce inexplorée ou que sais-je encore. D’autant plus que les développeurs sont de petits farceurs et ont laissés de nombreuses notes/audiographes (fonctionnant comme les fameux magnétos de Bioshock) et autres livres distillant un background fouillé et réussi.

Sebastien Mitton, directeur artistique chez Arkane (les développeurs) parlait du visual storytelling, procédé par lequel on raconte des histoires sans vraiment le faire, en suggérant au joueur/spectateur ce qui a bien pu se passer dans cet appartement dont les murs sont sympathiquement maculés de sang et empli de gargouillis pas rassurants (au passage, les sons déchirent également). Procédé très efficace une fois en jeu.

CABRIOLES, ESTOCADES ET ÉQUILIBRISMES EN TOUS GENRES

Donc, une fois en jeu, on n’est pas non plus déçu par les possibilités offertes par le titre. Les niveaux, en plus d’êtres vraiment chouettes à regarder, sont également très plaisants à arpenter. Le level design est permissif, avec un nombre d’itinéraires bis hallucinant, bien plus que dans Deus Ex Human Revolution chez qui c’était déjà la panacée.

Combien de fois me suis-je dit, après avoir galéré à passer un endroit un peu tendu « ah ben tiens y avait une pov’ corniche qui était à portée ». Et de la noter pour un éventuel replay ultérieur. On ne subit donc pas l’architecture de niveaux, on s’en joue, on en joue, on en fait un vrai élément de gameplay. Accessoirement, cela confère une replay value très correcte pour ce titre. La quantité de cadavres et le degré de foutoir que vous laisserez derrière vous influera ainsi sur le déroulement et le final du jeu, malgré une structure narrative et un enchainement des niveaux plutôt linéaire.

Parlons gameplay, donc : présenté comme un FPS, Dishonored va décevoir les affolés de la gâchette. Peu d’armes, peu d’espérance de vie en mode serial gunner : ce jeu se joue plus volontiers comme un DX:HR plus couillu, comme un Metal Gear Solid en vue FPS avec un bonne dose de grimpette à la Assassin’s Creed. On passera donc plus de temps à esquiver les champs de vision des gardes (protip : ils voient que dalle en hauteur) et à les contourner qu’à leur rentrer dans le lard.

Via des téléportations, possessions d’animaux (voire de PNJ, soyons fous) et autres manipulations temporelles, il est en effet très facile de se jouer des systèmes de protection censés vous stopper. De la très bonne infiltration, portée par un lean (mouvement permettant de se pencher par delà un coin de mur pour observer sans se faire voir) sympathique, des pouvoirs amusants et une véritable liberté de progression.

Il est également possible de la jouer bien plus incisif, de laisser des cadavres derrière soit et de se comporter comme un vent de la mort et de la fatalité en traversant les niveaux dans une sorte de rage vengeresse. Aussi séduisante que l’approche furtive, l’approche meurtrière s’avère également très plaisante et pas dénuée de subtilités.

L’une ou l’autre des approches sont viables et bien souvent interchangeables, mais la personnalisation du  personnage (via des charmes d’os accordant des petites perks passives et via les 9 pouvoirs, actifs ou passifs, pas tous déblocables en un seul playthrough) vous fera sûrement pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Quoiqu’il en soit et quoiqu’en soit votre façon de jouer, Dishonored s’apprécie vraiment tel qu’il est : frais, bien foutu, et bien stimulant à jouer. Côté difficulté, le jeu n’est pas très ardu, et finir un playthrough en very hard est largement faisable si l’on ne craint pas trop les écrans de game over.

RÉSUMAGE ET CONCLUSATION

J’ai personnellement fait un premier playthrough en mode plantage-de-lame-dans-la-carotide, puis un deuxième en mode furtif (après avoir viré toutes les indications à l’écran, ce qui donne vraiment une autre vision du jeu et que je vous conseille fortement de faire pour un replay). Durée totale de l’opération : 25 heures.

Je pense me relancer dès la fin de la rédaction de ce texte (si ça se trouve, donc, au moment où vous êtes en train de le lire) dans un nouveau playthrough, histoire de tenter le mode no kill, le mode ghost ou le mode « à poil » (respectivement : sans tuer personne, sans se faire remarquer ne serait-ce qu’une fois et sans utiliser d’autres armes/pouvoirs que le blink niveau 1 et l’épée). Ou tout simplement me replonger dans ce qui est un excellent jeu. Pas parfait mais excellent quand même…

Parce qu’on peut lui trouver deux trois trucs bancals, hormis les traditionnels et très occasionnels petits bugs de collision et autres artefacts présents dans n’importe quel jeu 3D. Le plus gros point noir étant à mon goût la relativement faible durée de vie (10-12 heures en étant pressé la première fois), argument à relativiser car on rempile pour une deuxième partie assez volontiers.

Ensuite, une petite faiblesse niveau histoire, malgré quelques personnages marrants. Y a également la partie musicale qui fait pas vraiment rêver (sans être mauvaise) et qui du coup fait un peu tache à côté de la partie graphique impec’. Certains niveaux sont également assez linéaires mais que voulez-vous, faut bien des moments narratifs.

Bref. Sans ergoter, sans exagérer, sans en rajouter malgré une attente impatiente de l’ordre de 18 mois (un de mes premiers articles sur RNG ancienne version parlait d’un Dishonored fraîchement annoncé), ce petit jeu tient vraiment toutes ses promesses et même d’autres. Pour tout dire, je ne m’étais pas amusé comme ça depuis Portal 2.

C’est donc sans surprise que je vous recommande fortement son achat, en gardant à l’esprit qu’il s’agit d’un jeu solo torché en 25 heures maximum. 25 heures très agréables, mais tout de même. Si vous hésitez, il sera très probablement soldé ce noël, ce qui vaudra franchement le coup.

Quoiqu’il en soit, ne passez pas à côté de ce très bon jeu, une valeur sûre du cru 2012, comme le furent DX:HR et Portal 2 en 2011. Et si vous êtes suffisamment nombreux à le faire, nul doute qu’une petite suite (qu’on espère aussi réussie que ce Dishonored) verra le jour…

Publié le 1 novembre 2012, dans Archives (Anciens articles), et tagué , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. Je ne l’ai pas encore acheté. Cet article m’a définitivement convaincue : adjugé, vendu !

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