Insolite : une réplique d’un niveau de Counter-Strike en taille réelle (et d’autres trucs bien WTF)

Aram Bartholl, artiste allemand d’une quarantaine d’années, a déclaré un jour (je cite) :

« Les pixels ne semblent plus se satisfaire de leur existence binaire et ont décidé de sauter dans le monde tangible ».

Une bien belle phrase pour dire que ce brave homme est un geek un peu plus intellectualisé que la moyenne et qu’il a décidé de faire fusionner culture JV et art, à la manière des space invaders en mosaïque qui fleurissent à Paris (surtout) et ailleurs (un peu moins, mais quand même), mais en poussant le concept un peu plus loin.

Parmi les projets et travaux de cet allemand, soulignons la mise en place, dans les rues de Berlin, de structures cubiques représentant fidèlement (et à l’échelle) les caisses qui parsèment les niveaux de Counter-Strike.

Admettons que je croise ça dans la rue : mes réflexes de gamer me dicteront de venir m’accroupir à couvert derrière l’une de ces caisses en hurlant « Fire in the hole ! » ou d’autres trucs du genre.

Par souci de fidélité, Bartholl a également reproduit les textures pauvres des modèles 3D de l’antique version 1.6 de Counter-Strike (qui, rappelons-le, est encore un des FPS les plus joués sur PC, du haut de ses presque treize ans).

De la même manière, Bartholl encourage chaque joueur de WoW à se fabriquer (en papercraft) une réplique à l’échelle 1:1 des armes utilisées par son avatar ingame, puis à se balader dans la rue avec (faut pas avoir prévu de tomber des meufs avec ça dans le dos, pour ce que j’en pense). La preuve en image :

    

Là encore, le but est de faire fusionner les univers virtuels arpentés pendant de nombreuses heures par les joueurs et l’IRL (In Real Life), en faisant valoir le fait que toute expérience, même virtuelle, est une expérience traitée comme véritable par notre capacité intellectuelle à appréhender notre univers. Le virtuel et le réel étant assimilés de la même manière par notre cerveau, il n’est donc finalement pas si idiot de vouloir apporter des fragments de l’un dans l’autre, et vice-versa.

Mais là où Aram Bartholl fait encore plus fort, c’est sur ce dernier projet (pas encore réalisé… mais ça ne saurait tarder) : Faire une réplique à l’échelle 1:1 de de_dust, map de CS 1.6. une structure géante en béton, non texturée, sans couleur, de 110 x 115 x 15 mètres, recréant fidèlement le célébrissime niveau de jeu, l’un des plus joués dans le monde entier depuis plus d’une décennie.

L’artiste tentera de montrer que pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, des espaces virtuels peuvent être bien mieux connus par certaines personnes que des lieux existants réellement et a priori connus de tous. Par exemple, il y a de grandes chances qu’un gamer lambda ait passé, dans sa vie, plus de temps dans l’espace de de_dust que sur Times Square ou vers la Tour Eiffel. Et j’avoue que je serai très tenté par l’idée de me balader dans ce petit hectare matérialisé, où chaque coin de mur, chaque double porte et chaque couloir fait ressurgir son lot de souvenirs de jeu, de décisions tactiques et de montée de stress quand une silhouette apparait à une trentaine de mètres devant soi.

Quant à de_dust, si je me permettais de débattre un peu sur ce monument du JV que cette map est devenue, je dirais qu’elle doit son succès et sa longévité à l’équilibre qu’elle instaure entre les deux équipes, sa simplicité et la multiplicité des options stratégiques qu’elle permet. C’est l’une des cartes où il n’y a pas vraiment d’attaquants ni de défenseurs, mais où le contrôle du terrain est primordial, tout en étant jamais acquis. C’est l’une des cartes les plus dures (chaque erreur pouvant ouvrir la voie à une riposte adverse potentiellement fatale pour toute l’équipe, de par les multiples itinéraires possibles et leurs connections) et donc l’une des plus intéressantes à jouer. Elle démontre à elle seule l’équilibre costaud qui caractérise le gameplay de CS.  En quelques sorte, le level design au sommet de son art, qui fait que ce jeu est joué depuis le siècle dernier et continuera longtemps de l’être.

Rendez-vous dans quelques années pour, peut-être, aller visiter de_dust dans la vraie vie, et dès maintenant sur le site d’Aram Bartholl qui contient quelques autres projets qui valent le coup d’oeil.

Publicités

Publié le 18 mai 2012, dans Archives (Anciens articles), et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :