Game Experience, partie 3 : Planescape : Torment, verdict final sur la bête

 

Première et deuxième partie réspectivement ici et

Et voila, fini la créature, voici venu l’heure du jugement. Et mine de rien il est pas facile à faire, notamment parce que le jeu est à l’image de l’époque qui l’a vu naitre. On est clairement dans quelque chose de différent de ce qui fait aujourd’hui dans le milieu du RPG (à tord ou à raison, je vous laisse juge). Ca fait une partie du charme comme du coté rebutant. Tentative de dissection en direct. 

Le jeu est bon c’est indéniable, je le dis tout de suite de façon à clarifier tout de suite, je pourrais potentiellement avoir des propos critiques pas nécessairement tendre à son sujet. On a un univers intéressant, bien « mit en scène » (entre guillemet parce que la mise en scène il faut le dire se résume à des vidéos en CGI baveux et des semi animations avec le moteur du jeu, c’est pas des masses mais pour les moyens de l’époque ça se respecte pis ça a un charme kitch), graphiquement ça reste pas vilain du tout pour un jeu de 1999. L’histoire se suit agréablement, la mécanique scénaristique coulant assez bien, les musiques de Mark Morgan sont excellentes et retransmettent bien ce qui se passe dans le jeu (les thèmes de personnages sont particulièrement réussis, je vous renvoie à mon article sur le sujet, et qui sait j’en ferrais peut être encore un autre si vous êtes sages). Les thèmes abordés tel que l’identité, le déni de soi, la liberté face au déterminisme passent très bien et intelligemment, quelques personnages peuvent paraître archétypaux mais ceci doit, je pense, plus à l’ancienneté du jeu qu’à la paresse des scénaristes. S’ajoute à ça un contenu assez vaste, j’ai pris une vingtaine d’heures à finir le jeu en traçant en plus ou moins ligne droite, de plus il semble qu’il y ait une sacrée pelletée de quêtes secondaires (selon un site de fan ça tournerait autour de 300, un site de fan ça vaut ce que ça vaut mais bon …). Les personnages sont assez agréables et les compagnons sont assez intéressants à découvrir malgré l’aspect profil unique de chacun qui peut agacer.

Un petit peu de gameplay, tout au début dans la morgue 

Bon, tout n’est pas rose en ce bas monde et malgré sa légende le jeu à ses défauts. Comme je l’avais signalé en aval certaines quêtes sont beaucoup trop vagues et manque de liants logiques ce qui fait que vous risquez fort de trouver la solution par chance ou en détraquant votre encéphale via des substances souvent prohibés par la législation française (ou en utilisant internet …). A coté de ça l’IA des compagnons n’est pas nécessairement optimale : ceux-ci ayant des tactiques un peu foireuses (la seule soigneuse du jeu se jettera souvent dans la mêlée pour soigner les alliés en danger et donc se récoltera son quota de tarte dans la tronche par exemple). Autre problème assez ennuyeux, les combats dans ce jeu sont vraiment lourds, à la fois parce qu’ils manquent de dynamise en eux même, que la difficulté n’est pas nécessairement bien dosée et que l’IA peut faire des sienne. Ca ne serait pas un problème en soit s’ils étaient évitables et plus ou moins anecdotiques (un peu comme dans Fallout premier du nom où avec du bagout on frittait plus des bestioles que des humains qui se faisaient entuber par notre blabla)  mais ils ne sont pas anecdotiques, ce qui m’amène au plus gros défaut du jeu selon moi. 

C’est triste à dire mais ce jeu a un souci de construction : Les deux premiers tiers du jeu sont délectables au niveau de la liberté de résolution des quêtes, en privilégiant les caractéristiques liés on peut se sortir de pas mal de situation sans avoir à tirer l’épée, puis vient un passage précis (et obligé du scénario) et vous vous retrouverez subitement sur un rail. Pareil à un shooter linéaire moderne se suit une suite de quêtes linéaires, complètement Fedex, faisables d’une seule façon et peu intéressantes. Ceci durera jusqu’à votre retour à Sigil, seul le « niveau » final relèvera l’intérêt en apportant la plupart des réponses qui vous torture depuis le début du jeu. En un sens ça m’évoque l’inégal Vampire The Masquerade : Bloodlines qui commençait très bien et finissait en tourbillon de combats débiles et linéaires, le tout étant du à des coupes de budgets drastiques et a un finissage à la pisse par la faute de l’éditeur (Activision qu’on ne présente plus …) ceci dit ça me parait assez choquant de croire que Black Isle qui a l’époque avait le vent en poupe avec le succès des deux Fallout ait eu à subir des coupes budgétaires et des pressions de l’éditeur au point de saloper le jeu. 

 Un autre point qui me gène est celui du déroulement, si le scénario est intéressant et bien touffu je n’ai pas eu l’impression qu’il était vraiment flexible, la plupart des décisions que l’on prend n’affecte que notre personnage et peu le monde dans lequel on évolue (un peu à l’inverse de ce que font les RPG actuels en fait, en ce sens c’est surtout sur ce point que les RPG à l’ancienne et les récents s’opposent) ce qui fait que vraisemblablement (je n’ai fini qu’une fois le jeu et ne compte pas le recommencer tout de suite) recommencer le jeu amènera à revivre sans cesse la même histoire, avec un personnage principal agissant différemment certes mais tout le temps la même histoire pour autant, ce qui n’est pas nécessairement rafraichissant (là où dans The Witcher 2 pour prendre un exemple récent, un de vos choix peut changer complètement le déroulement du deuxième acte, et si vous voulez un exemple de la même époque, dans Baldur’s Gate 2 selon le choix de votre locomotion à un certain endroit vous pouviez découvrir un lieu inaccessible autrement).

En conclusion on à affaire à un bon jeu (clairement hein malgré ses défauts), j’imagine que son aura culte m’a peut être rendu plus sévère avec lui que je n’aurais pu l’être en le découvrant sans rien en savoir (comme ça a du être le cas à l’époque de sa sortie et probablement ce qui lui a valu son statut culte), imparfait sur pas mal de points selon moi, défendu par une armée sauvage de fans (parfois dotés d’une mauvaise foi qui frôle le sublime). Pour moi c’est une expérience vidéo-ludique enrichissante et clairement pas le pire jeu auquel j’ai joué pour ma culture.

 Pour conclure et pour la nostalgie, la vidéo d’intros en vieilles images de synthèse qui ont encore un certain charme je trouve.

Et demandez vous en finissant cet article : « qu’est-ce qui peut changer la nature d’un homme ? »

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Publié le 7 mai 2012, dans Archives (Anciens articles), et tagué , , , , , , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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